Lacroix Julien

 

Dans la nuit du 27 au 28 novembre 1944, un officier allemand heurta violemment la porte d’entrée. «Machen sie uns Kaffee für 40 Männer ! Schnell ! Préparez-nous du café pour 40 hommes ! En vitesse ! ».

Je m’activais donc à la lueur d’une bougie à chauffer la boisson demandée. Malgré les couvertures occultant les fenêtres, une lueur faiblarde devait se voir dans la rue et un soldat furibond hurla : « Wer hat Licht gemacht ? »

Je lui répondis que je devais m’éclairer pour faire le café... que personne ne vint d’ailleurs jamais chercher !

Le 28 dans l’après-midi, la porte arrière fut enfoncée et un Noir américain entra en gesticulant : « Baches ! où... Baches ... sont ?

- Non, pas Boches, nous... French ! ».

Il cherchait manifestement des Allemands et avec d’autres soldats, il grimpa pour vérifier s’il y avait des Boches ou non, chez nous. Un officier nous ordonna d’aller nous installer ailleurs car il avait besoin de nos locaux pour héberger 40 hommes. Après une sommaire visite dans les caves des voisins, je dis :

«Nous n’allons pas déménager ailleurs, nous sommes ici chez nous ! » Et l’on reparut dans leurs pieds, sans trop nous attirer d’ennuis, et les Américains partant loger à l’étage nous laissèrent finalement le rez-de-cave !

De temps en temps, l’un d’eux descendait pour causer avec nous. Le vieux Houllé lui demanda dans un anglais abominable : « You .... Patton ? ». L’Américain, hilare, remonta en se tordant de rire. Monsieur Houllé s’était échiné à lui demander s’il faisait partie de l’armée de Patton, rien de plus !

Mon frère Joseph qui était secrétaire de mairie, se montrait, je le sais, distant envers l’administration allemande et restait sourd aux S.A. locaux qui lui faisaient l’éloge du national-socialisme. Cette doctrine qui lui était imposée du fait de sa fonction, ne l’a jamais habité. Il devait composer avec le régime et pour donner le change, accepter le drapeau à croix gammée qu’il eût volontiers envoyé sur la Lune ! Lors de l’arrivée des Américains, il réussit discrètement à le faire disparaître.

J’eus besoin de mon frère Seppel pour qu’il me délivre un bon de sortie dûment tamponné d’une série d’empreintes administratives. Fort de ce laissez-passer officieux je partis pour Seingbouse voir ma future femme.

La première fois, la Military Police m’interpella sur la route.

 

« Pain ... Brod .... » baragouinais-je en essayant de leur expliquer que je cherchais du pain. Les policiers militaires me firent quelques difficultés, ce qui n’avait pas été le cas de la sentinelle placée en haut du village qui me laissa passer sans problème. Lors de la deuxième tentative, je fus ramené sur le capot de la jeep par la M.P. (Military Police) et menacé de prison si je m’aventurais à nouveau dans le secteur !